Monsieur le sous-préfet, Monsieur le président du Département, Madame la représentante de la Région,
Mesdames et Messieurs les élus,
Monsieur le Président de l’Association du Musée de la Résistance, Mesdames et Messieurs les représentants des autorités civiles, militaires et des associations d’anciens combattants et de résistants, Mesdames et Messieurs,
« La parole est libre. Nous pouvons parler sans crainte… »
C’est en ces termes que Robert Dumas, connu sous le nom de “préfet des bois” traduisit le contexte, à l’occasion du premier anniversaire de la Libération de Cahors le 17 août 1945.
Ses mots, sonnant comme une respiration vitale, exprimaient ce que les Cadurciens étaient parvenus à recouvrer un an plus tôt : la liberté de s’exprimer et de se rassembler, la liberté de penser, la liberté de croire et celle de circuler. Le droit, simplement, de vivre libres.
Le 17 août 1944, Cahors se libère. Après des années d'occupation, de contraintes et de privation, la peur a cessé de dicter le quotidien des Cadurciens.
Cette liberté, acquise de haute lutte, est le fruit du courage.
Celui de femmes et d'hommes qui, dans le Quercy comme partout en France, ont refusé de se résigner. Des résistants qui ont combattu les armes à la main, qui ont transmis des informations, caché des personnes, organisé des réseaux, soigné, ravitaillé ou simplement dit non.
À Cahors et dans le Lot, la Résistance a été particulièrement active, organisée et déterminée. Les maquis ont contribué à faire reculer l'occupant au péril de leur vie.
C’est ce même esprit de résistance dans nos villes et nos villages qui, quelques mois plus tôt, conduisit la division Das Reich aux pires représailles en Limousin. Avec 99 pendus à Tulle et le massacre d’Oradour-sur-Glane, l’horreur n’était pas étrangère aux voisins lotois et cadurciens.
Mais libérer une ville, ce n'est pas seulement faire partir l’occupant.
C'est aussi reconstruire et se reconstruire : reconstruire sa vie, son quotidien, son environnement et des institutions démocratiques.
La Libération est synonyme de nouvel élan et la liberté se traduit par des droits concrets.
Dès les jours qui suivent la Libération, une administration nouvelle se met en place et la République reprend progressivement ses droits.
Désormais lointaine dans les esprits, cette Histoire s’érode.
Alors vint l’importance de la mémoire.
Depuis peu, Cahors dispose de nouveau d’un outil pour la faire vivre. Le 18 juin dernier, nous avons eu le privilège d’inaugurer le Musée mémoriel du Lot : Résistance, Déportation, Libération. Après plusieurs années de travail, il offre à notre territoire un lieu de connaissance, de transmission et de dialogue entre les générations.
Nous le savons : les derniers témoins directs de cette période disparaissent. Bientôt, personne ne pourra raconter, de sa propre voix, ce que furent la peur, l'occupation, l'engagement clandestin ou la joie de retrouver la liberté. Alors il nous appartient de transmettre :
Transmettre les faits, les noms, les visages et les parcours. Transmettre les valeurs. Transmettre aussi la complexité de cette Histoire.
Car se souvenir, ce n'est pas transformer le passé en un récit édulcoré. C’est accepter de regarder cette Histoire dans toute sa complexité, sans la simplifier ni la juger avec les yeux du present.
C'est accepter de regarder toute les facettes de cette Histoire : les actes héroïques, les sacrifices, mais aussi les violences, les règlements de compte et les injustices qui ont marqué les lendemains de la Libération.
Œuvrer à la mémoire, c'est donc chercher à comprendre. C'est refuser l'oubli comme la caricature. Et c'est donner aux générations futures les moyens de construire leur propre jugement.
Mesdames, Messieurs,
Si nous sommes réunis aujourd'hui, ce n'est pas seulement pour regarder 82 ans en arrière.
C'est aussi pour interpréter les actes et les ressorts de notre époque.
Parce que le monde dans lequel nous vivons nous rappelle que nous avons vécu les dividendes de la paix. Sur notre continent, la guerre est de nouveau là, à nos portes.
La mémoire n'est donc pas tournée vers le passé.
Elle nous parle du présent.
Elle nous rappelle que la démocratie demande de l'engagement, que la liberté implique de la vigilance et que la paix exige de la volonté.
C’est le message que nous devons transmettre.
La liberté n'est pas simplement un héritage, c’est une responsabilité.
Jamais définitivement acquise, elle se transmet et se protège.
C'est le sens de cette commémoration : rendre hommage à celles et ceux qui ont permis à Cahors et à la France de retrouver leur liberté, et rappeler aux générations qui viennent la valeur de cet héritage.
Que le souvenir de leur courage nous rappelle toujours ce que nous avons en partage : une République une et indivisible. Une République fondée sur la Liberté, l'Égalité et la Fraternité.
Je vous remercie.
Vivien COSTE
Maire de Cahors
Publiée le 18/08/2026
